Des Iraniens marchent devant une peinture murale anti-américaine et anti-israélienne, le 10 mai 2026 à Téhéran ( AFP / ATTA KENARE )
Le cessez-le-feu au Moyen-Orient est désormais "pratiquement dénué de sens", a estimé jeudi la diplomatie iranienne après une nouvelle nuit de bombardements américains se rapprochant de Téhéran, auxquels l'Iran a riposté en frappant ses voisins du Golfe et la Jordanie.
Plus de trois mois après le début du conflit, et deux après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu globalement respecté jusqu'au week-end dernier malgré des déclarations belliqueuses de part et d'autre et de laborieuses négociations, la guerre semble s'intensifier à nouveau.
Il est "difficile de rester optimiste", a résumé le Pakistan, principal pays médiateur, appelant à la diplomatie et au dialogue, comme après lui Moscou, Pékin, Ankara et Ryad.
Et si des négociateurs qataris étaient à Téhéran jusqu'à jeudi matin pour des discussions avec des responsables iraniens - menées d'après une source diplomatique en coordination avec Washington - il n'est pour l'heure plus question d'accord.
Les Etats-Unis ont ciblé dans la nuit selon l'armée américaine "des installations de surveillance militaire, des systèmes de communication et des sites de défense aérienne iraniens à travers tout le pays", quand la veille seul le sud avait été visé.
Trois personnes ont été blessées, d'après les médias iraniens qui ont fait état d'explosions sur l'île de Qeshm, à Minab, Sirik et dans le port de Bandar Abbas (sud) mais aussi dans des lieux bien plus proches de la capitale.
A Téhéran, Majid, un pharmacien de 35 ans, se dit "profondément inquiet" et "absolument pas optimiste". "Le fossé entre les deux pays est trop profond pour espérer une solution diplomatique", estime-t-il, évoquant l'impact sur la vie quotidienne avec flambée des prix et perte de revenus.
L'Iran a riposté aux bombardements en tirant une vingtaine de missiles vers une base américaine à Azraq en Jordanie - tous interceptés - et a à nouveau ciblé ses voisins du Golfe.
A Bahreïn, une enfant a été blessée par des débris de drone, les autorités signalant plus de 36 tirs de drones au total. Le Koweït a brièvement fermé son espace aérien après des attaques.
38e promesse
Mardi, Donald Trump avait promis un accord imminent avec l'Iran - pour la 38e fois depuis le début du conflit selon un décompte de CNN -, avant de faire volte-face le lendemain.
"On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n'arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous", s'était emporté devant la presse le président américain.
"Si nous devons négocier à coups de bombes, nous négocierons avec des bombes, et nous sommes très doués pour ça", a abondé son ministre de la Défense, Pete Hegseth.
Le très stratégique détroit d'Ormuz, par lequel passait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, concentre à nouveau les tensions: après une annonce des forces armées, l'autorité maritime iranienne a confirmé le fermer totalement "jusqu'à nouvel ordre", alors que le passage d'une vingtaine de navires par jour était autorisé jusqu'à présent.
L'Iran le verrouille depuis le début du conflit le 28 février, et les Etats-Unis imposent en retour un blocus des ports iraniens.
Des navires amarrés dans le détroit d'Ormuz, le 17 mai 2026 au large d'Oman ( AFP / - )
Le commandement américain pour la région (Centcom) a annoncé jeudi avoir neutralisé au large d'Oman un nouveau pétrolier tentant de passer outre son blocus. La salle des machines a pris feu et l'équipage a été évacué.
La veille, un autre navire avait été ciblé par l'armée américaine. Trois marins indiens ont été tués.
Pétrole en hausse
Les Etats-Unis et l'Iran s'étaient déjà mutuellement attaqués dans la nuit de mardi à mercredi, malgré un cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril après quasiment 40 jours de bombardements.
Un homme prend des photos de véhicules en feu après une frappe israélienne, le 10 juin 2026 à Saïda au Liban ( AFP / Mahmoud ZAYYAT )
Cette aggravation de la situation dans le Golfe continue de maintenir les cours du pétrole à un niveau élevé. Jeudi, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, évoluait autour de 92 dollars, contre 70 dollars avant la guerre.
Le conflit avait repris dimanche quand l'Iran a lancé des missiles sur Israël en représailles à des frappes sur Beyrouth, pour la première fois depuis le début de la fragile trêve.
Téhéran, parrain du Hezbollah libanais, insiste pour que tout accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient inclut le Liban, tandis que Washington voudrait traiter ce dossier séparément.
Israël avait riposté aux missiles iraniens, puis les deux ennemis ont l'un après l'autre annoncé suspendre les hostilités, comme réclamé par Donald Trump.
Le Liban avait été entraîné dans la guerre le 2 mars, quand le Hezbollah avait visé Israël pour "venger" la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei à Téhéran au premier jour de l'offensive américano-israélienne.
Depuis, Israël a bombardé intensivement le Liban, disant vouloir "éliminer" le mouvement chiite et tuant plus de 3.600 personnes, principalement dans le sud du pays où son armée occupe désormais une partie du territoire.

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